La règle existe, elle s’applique au Maroc, et les trois versions de la documentation de Google ne l’illustrent qu’avec des exemples japonais.
Si le nom de votre fiche d’établissement Google s’écrit « Pharmacie Al Amal صيدلية الأمل », vous êtes en infraction. Google a ajouté à ses consignes une interdiction explicite : répéter le même nom d’établissement dans plusieurs écritures ou plusieurs langues, même si c’est ce qui est peint sur votre devanture. Le nom est le premier motif de suspension d’une fiche. Il faut donc corriger, et la correction prend deux minutes.
La bonne nouvelle, et c’est le cœur de cet article : vous ne perdez rien en la faisant. Google affiche déjà votre nom en arabe aux internautes en arabe, et en français à ceux qui cherchent en français. Le doublage ne vous apportait pas la visibilité que vous croyiez.
Elle se trouve dans les consignes relatives à la représentation de votre établissement sur Google, section « Nom ». La version française la formule ainsi : « Répétition de noms bilingues/translittérations dans d’autres scripts (répéter le même nom d’établissement dans plusieurs scripts ou langues, même s’il apparaît ainsi sur la signalétique du magasin physique) ».
Deux remarques, et les deux comptent pour un gérant marocain.
D’abord, le mot « scripts » est un anglicisme. En anglais, script désigne un système d’écriture : l’alphabet latin, l’alphabet arabe, les caractères japonais. La traduction française l’a laissé tel quel. Un commerçant à Fès qui lit « plusieurs scripts ou langues » n’a aucune raison de comprendre qu’on lui parle de l’arabe et du français. Le sens exact serait : plusieurs écritures.
Ensuite, la précision sur la devanture n’est pas anodine. Historiquement, une photo de l’enseigne servait de preuve pour justifier un nom particulier auprès de Google. La consigne ferme cette porte : même si les deux noms figurent sur la façade, la fiche ne peut en porter qu’un.
Le point relevé par la spécialiste du local Hiroko Imai, et repris par Search Engine Roundtable, mérite d’être répété : les exemples sont japonais, mais la règle vise toutes les régions où cohabitent plusieurs écritures. L’arabe en fait partie.
On a ouvert la même page dans les trois langues le 19 septembre 2026. Voici ce qu’on a trouvé.
| Version de la page | La règle est présente | Exemples donnés |
|---|---|---|
| Anglais | Oui | Kafiex / カフィエクス — Burger King バーガーキング |
| Français | Oui, avec le mot « scripts » non traduit | Les deux mêmes exemples japonais |
| Arabe | Oui | Les deux mêmes exemples japonais, en caractères latins et japonais |
La page d’aide en arabe de Google explique donc à un commerçant arabophone qu’il ne peut pas doubler son nom, en lui montrant une boulangerie japonaise. C’est la raison la plus simple pour laquelle presque personne au Maroc n’est au courant.
C’est le point que la plupart des articles sur le sujet oublient, et c’est celui qui devrait vous décider.
Le 19 septembre 2026, on a cherché la même fiche deux fois sur Google Maps, en paramétrant le pays sur le Maroc, en changeant seulement la langue de l’interface. Une pharmacie de Rabat. En interface arabe, elle s’affiche « صيدلية مسجد الرباط ». En interface française, exactement la même fiche s’affiche « Pharmacie Mosquée Rabat ».
Personne n’a rien doublé. Google sert le nom dans la langue de celui qui cherche, tout seul.
À l’inverse, une pâtisserie de Casablanca apparaît sous le nom « Patisserie Naval مخبزة و حلويات نافال » — les deux écritures dans le même champ. C’est précisément la configuration que la consigne décrit comme non conforme. Le gérant n’a rien fait de malhonnête : il a recopié son enseigne. Il est aujourd’hui exposé à une suspension pour ça.
Chaque point est une fiche. Le point doré est la seule qui porte les deux écritures dans le même nom.
Pas une amende. Une suspension de fiche.
Et une fiche suspendue, ce n’est pas un détail d’affichage. Elle disparaît de Maps et du panneau à droite des résultats. Vos horaires ne s’affichent plus. Vos avis ne s’affichent plus — et quand la fiche revient, les avis ne reviennent pas toujours du premier coup : Google a reconnu en septembre 2026 un problème d’avis manquants après rétablissement de fiches. Le bouton « Itinéraire » disparaît aussi, ce qui, pour un commerce de proximité, est souvent le premier canal d’arrivée.
Prenons Karim, qui tient une quincaillerie à Fès — personnage inventé, mais la mécanique est banale. Sa fiche est suspendue un jeudi. Il s’en aperçoit le lundi, parce qu’un client l’appelle pour demander s’il a fermé. Le temps de comprendre, de corriger le nom, de demander le rétablissement et d’attendre la validation, il compte une dizaine de jours sans fiche. Dix jours où son magasin n’existe pas sur Maps, en pleine rentrée.
Le coût n’est pas dans l’amende. Il est dans le délai.
Une remarque pour finir, parce qu’elle revient souvent en rendez-vous : non, écrire son nom en arabe dans sa fiche n’est pas interdit. C’est le doublage dans un même champ qui l’est. Une fiche dont le nom est entièrement en arabe est parfaitement conforme, et elle sera servie telle quelle aux internautes arabophones.
On avait déjà regardé une autre mécanique locale de près, avec le relevé sur les étoiles d’avis des sites marocains. Le principe est le même : la règle est publique, elle est écrite pour un marché qui n’est pas le nôtre, et il faut la traduire avant de l’appliquer. C’est une partie de ce qu’on fait dans nos missions de référencement et pour les commerces qu’on accompagne à Casablanca.
Nom, catégories, horaires, doublons : on relit chacun de vos points de vente et on vous rend la liste des corrections à faire, dans l’ordre d’urgence.