Prenez le nombre de rendez-vous que votre cabinet programme dans un mois. Multipliez-le par ce qui vous reste sur un acte moyen, une fois les consommables payés. Retirez vos charges fixes mensuelles. Vous tenez votre revenu à pleine capacité. Maintenant divisez le premier résultat par le dernier : c’est votre multiplicateur. Sur un cabinet à 2,18, un taux de rendez-vous non honorés de 12 % efface 26 % de votre revenu.
Le rapport n’est pas de un pour un, et c’est tout le problème. Un créneau vide ne vous coûte pas les honoraires de l’acte. Il vous coûte la marge de l’acte, pendant que le loyer, les salaires et l’amortissement du fauteuil, eux, ne bougent pas d’un dirham.
Prenons un cabinet de Tanger — praticienne et montants inventés, refaites la division avec les vôtres. Une chirurgienne-dentiste, deux fauteuils mais une seule paire de mains, une assistante à plein temps, une secrétaire à mi-temps.
Elle programme 8 rendez-vous par jour, 22 jours par mois. Soit 176 créneaux. Ses honoraires moyens par rendez-vous, tous actes confondus, tournent à 550 DH. Ce que chaque acte consomme réellement — stérilisation, consommables, quote-part de prothèse — revient à 110 DH. Il lui reste donc 440 DH de marge par rendez-vous honoré.
Ses charges fixes, hors sa propre rémunération, font 42 000 DH par mois : loyer, salaires et charges sociales, amortissement des fauteuils et de la radio, maintenance, logiciel, eau, électricité, assurance. Elles tombent que le fauteuil tourne ou non.
Sur les 176 créneaux, 21 ne sont pas honorés : patient qui ne vient pas, annulation la veille au soir, report de dernière minute que personne ne rattrape. 12 %. Voici ce que ça donne.
| Ligne | Mois complet, sans défection | Mois réel, 12 % non honorés |
|---|---|---|
| Créneaux programmés | 176 | 176 |
| Rendez-vous honorés | 176 | 155 |
| Honoraires encaissés (550 DH) | 96 800 DH | 85 250 DH |
| Consommables (110 DH) | −19 360 DH | −17 050 DH |
| Marge dégagée | 77 440 DH | 68 200 DH |
| Charges fixes | −42 000 DH | −42 000 DH |
| Revenu de la praticienne | 35 440 DH | 26 200 DH |
| Écart | — | −9 240 DH, soit −26 % |
Les 21 créneaux perdus représentent 12 % de son planning. Ils représentent aussi 12 % de sa marge : 21 × 440 = 9 240 DH. Jusque-là, tout est proportionnel.
La rupture vient d’en dessous. Les 42 000 DH de charges fixes sont prélevés en entier dans les deux colonnes. Ce qui reste après elles — le revenu — est une petite différence entre deux grands nombres. Quand on retire 9 240 DH à 35 440 DH, on ne retire pas 12 %. On retire 26 %.
La règle tient en une division, et elle marche sur n’importe quelle activité à charges fixes lourdes et à capacité limitée par le temps.
Cinq minutes, une calculatrice de téléphone, trois chiffres que vous connaissez déjà.
Ce 2,18 n’a rien d’universel. Il dépend entièrement du poids de vos charges fixes par rapport à votre marge.
Un cabinet installé depuis douze ans, matériel amorti, local payé, 30 000 DH de charges fixes : sa marge de 77 440 DH laisse 47 440 DH de revenu, et son multiplicateur tombe à 1,63. À 12 % de défections, il perd 20 % de son revenu.
Un cabinet qui vient d’acheter un cône beam et d’aménager un deuxième bloc, 55 000 DH de charges fixes : il lui reste 22 440 DH, et son multiplicateur monte à 3,45. Aux mêmes 12 %, il perd 41 % de son revenu.
Autrement dit : celui qui vient d’investir est celui à qui les rendez-vous manqués coûtent le plus cher. C’est aussi celui qui a le moins de temps pour s’en occuper.
9 240 DH par mois font 110 880 DH sur un an. Pas de chiffre d’affaires : de revenu net, celui qui arrive après toutes les charges.
En temps de travail, les 21 créneaux mensuels font 252 créneaux par an, soit 31 jours ouvrés à 8 rendez-vous. Près de six semaines de cabinet ouvert, chauffé, éclairé, avec l’assistante payée, et personne dans le fauteuil.
Il existe un autre moyen de récupérer ces 9 240 DH sans toucher aux défections : augmenter les honoraires. Il faudrait 59,60 DH de plus sur chacun des 155 actes réellement réalisés, soit 10,8 % de hausse de tarif. Quelque chose vous dit que vos patients le remarqueraient davantage qu’un rappel la veille.
Un dernier chiffre, pour remettre les choses à leur place. Le point mort du cabinet, c’est 42 000 ÷ 440 = 96 rendez-vous honorés par mois. Sur 176 créneaux, il faudrait donc perdre 45 % du planning avant de commencer à perdre de l’argent.
Le cabinet n’est pas en danger. Ce n’est pas un article sur la faillite.
Mais 96 rendez-vous, c’est aussi 12 jours ouvrés. Autrement dit : du 1er au 12 du mois, la praticienne travaille pour le cabinet. Les dix jours suivants, elle travaille pour elle. Chaque rendez-vous non honoré est pris dans ces dix jours-là, jamais dans les douze premiers. C’est pour ça que le calcul dérange : la défection ne se répartit pas sur tout le monde, elle tombe entièrement sur la dernière ligne, celle du dirigeant.
Dans l’ordre, du moins cher au plus lourd.
Il reste une question que ce calcul ne tranche pas. Vos rendez-vous non honorés sont-ils répartis au hasard sur la semaine, ou concentrés sur certains créneaux, certains actes, certains profils de patients ? Ce n’est pas la même chose, et ça n’appelle pas du tout les mêmes décisions. Le chiffre global vous dit combien ça coûte. Il ne vous dit pas encore où.
Vos créneaux, votre acte moyen, vos charges fixes : on sort votre multiplicateur et ce que les rendez-vous non honorés vous coûtent réellement sur douze mois. Une heure, sans engagement.
Othmane Jriri, co-fondateur de DigiVize · 22 septembre 2026.