La septième édition du baromètre des réseaux sociaux au Maroc de Sunergia est sortie le 10 septembre. Un chiffre a circulé partout : 86 % des Marocains utilisent au moins une plateforme sociale. Un autre est passé inaperçu. Quand on demande aux gens pourquoi ils y vont, 4 % répondent « pour suivre des marques ». Votre page n’est donc pas en concurrence avec les autres marques de votre secteur. Elle est en concurrence avec la famille, l’actualité et les vidéos drôles. C’est une autre bagarre, et elle se gagne autrement.
Sunergia est un institut d’études basé à Casablanca. Il publie ce baromètre depuis sept ans, ce qui permet de comparer des années entre elles plutôt que de regarder une photo isolée. Les résultats de l’édition 2026 ont été relayés le 10 septembre par Telquel et le 11 septembre par LeBrief. Tous les chiffres de cet article viennent de là.
L’usage global remonte à 86 %, après un creux à 80 % en 2024 et 81 % en 2025. On retrouve le niveau de 2021 et 2022, quand le confinement avait poussé tout le monde en ligne d’un coup. La part de Marocains totalement absents des réseaux tombe à 14 %, contre 19 % l’an dernier.
Voici où sont réellement les Marocains, en part de la population.
Deux choses sautent aux yeux. YouTube passe devant Instagram pour la première fois, 48 % contre 47 %. Et surtout, l’écart entre WhatsApp et Instagram est de 36 points. Trente-six points, c’est presque le double d’audience.
Pourtant, dans les briefs qu’on reçoit, Instagram arrive en premier neuf fois sur dix. WhatsApp, quand il est mentionné, l’est comme un numéro de téléphone en bas du profil.
Pour la première fois, le baromètre demande aux gens à quoi leur servent les réseaux. Communiquer avec ses proches arrive en tête avec 67 %. Suivre l’actualité recueille 47 %. Le divertissement, 20 %. Suivre des marques : 4 %.
Attention au contresens. Ce chiffre ne dit pas que les réseaux sociaux ne font pas vendre au Maroc. Le même baromètre indique que près d’un Marocain sur deux a déjà acheté un produit après l’avoir vu recommandé en ligne, et cette proportion monte à 65 % dans les catégories sociales A et B.
Ce que dit le 4 %, c’est que l’achat ne passe pas par l’abonnement à votre page. Il passe par une recommandation : une vidéo, un avis, un message d’une connaissance, une publicité bien ciblée. Personne ne se lève le matin en se disant qu’il va aller voir les nouveautés du compte d’un magasin.
Conséquence directe sur la façon de mesurer : le nombre d’abonnés est un mauvais indicateur. Il mesure une intention que 4 % de la population déclare avoir. Le nombre de messages reçus, de sauvegardes, de partages en message privé, et le chiffre d’affaires attribué à la plateforme mesurent quelque chose de réel. C’est l’un des premiers points qu’on remet à plat quand on reprend la gestion des réseaux sociaux d’une entreprise.
Prenons Rachid — personnage inventé, chiffres inventés eux aussi, mais refaites le raisonnement avec les vôtres. Il tient un magasin d’électroménager à Fès. Sa clientèle est large : des jeunes couples qui équipent un premier appartement, des familles qui remplacent un frigo, des acheteurs qui viennent des environs. Son agence lui a proposé un forfait Instagram et TikTok.
Le baromètre dit ceci de cette clientèle : TikTok touche 52 % des catégories A et B, mais seulement 14 % des catégories D et E. YouTube touche 57 % des citadins et 33 % des ruraux. WhatsApp reste à 65 % même chez les catégories D et E, là où toutes les autres plateformes s’effondrent.
Pour Rachid, un budget entièrement placé sur Instagram et TikTok va parler à la moitié la plus aisée et la plus urbaine de son marché, en ignorant l’autre moitié — celle qui achète aussi des lave-linge.
| Plateforme | Part de la population | Usage quotidien parmi ses utilisateurs | Ce que ça veut dire pour une entreprise |
|---|---|---|---|
| 83 % | 88 % | Canal de service et de vente. Pas une audience à conquérir : un fichier à exploiter. | |
| 64 % | 75 % | La seule plateforme qui touche large hors des grandes villes et hors des jeunes. | |
| YouTube | 48 % | 61 % | 57 % en ville contre 33 % en milieu rural. Format long et démonstration produit. |
| 47 % | 82 % | Audience plus étroite mais la plus assidue. 88 % chez les 18-24 ans. | |
| TikTok | 32 % | — | 58 % des 18-24 ans, 52 % des catégories A et B, 14 % des D et E. |
| Snapchat | 18 % | — | 26 % des femmes contre 10 % des hommes. À regarder si vous vendez à un public féminin jeune. |
Snapchat mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête. La plateforme gagne dix points en un an, atteint 49 % chez les 18-24 ans, et son audience est nettement féminine. Presque aucune marque marocaine n’y est présente. C’est exactement le genre d’écart qui rend la publicité peu chère pendant douze à dix-huit mois.
Reste une question que ce baromètre ne tranche pas : si seulement 4 % des gens viennent pour suivre des marques, combien de vos publications de l’an dernier ont été vues par quelqu’un qui ne vous suivait pas encore ? La réponse est dans vos statistiques, et elle est souvent plus basse qu’on ne l’imagine.
Âge, ville, catégorie sociale, panier moyen : on regarde où sont vos acheteurs dans le baromètre, et on vous dit quelles plateformes méritent votre budget et lesquelles vous coûtent pour rien.
Othmane Jriri, co-fondateur de DigiVize. Sources consultées le 13 septembre 2026. Publié le 21 septembre 2026.