Marketing digital au Maroc

86 % des Marocains sont sur les réseaux sociaux. 4 % y viennent pour suivre des marques.

Le baromètre Sunergia 2026 contient un chiffre que personne n’a repris. C’est pourtant celui qui devrait décider de votre budget.
Par Othmane Jriri, co-fondateur de DigiVize · 21 septembre 2026 · 6 min de lecture

La septième édition du baromètre des réseaux sociaux au Maroc de Sunergia est sortie le 10 septembre. Un chiffre a circulé partout : 86 % des Marocains utilisent au moins une plateforme sociale. Un autre est passé inaperçu. Quand on demande aux gens pourquoi ils y vont, 4 % répondent « pour suivre des marques ». Votre page n’est donc pas en concurrence avec les autres marques de votre secteur. Elle est en concurrence avec la famille, l’actualité et les vidéos drôles. C’est une autre bagarre, et elle se gagne autrement.

86 %des Marocains sur au moins un réseau social en 2026
4 %y vont pour suivre des marques
83 %utilisent WhatsApp, contre 47 % pour Instagram
1 sur 2a déjà acheté après une recommandation vue en ligne

Ce que mesure ce baromètre

Sunergia est un institut d’études basé à Casablanca. Il publie ce baromètre depuis sept ans, ce qui permet de comparer des années entre elles plutôt que de regarder une photo isolée. Les résultats de l’édition 2026 ont été relayés le 10 septembre par Telquel et le 11 septembre par LeBrief. Tous les chiffres de cet article viennent de là.

L’usage global remonte à 86 %, après un creux à 80 % en 2024 et 81 % en 2025. On retrouve le niveau de 2021 et 2022, quand le confinement avait poussé tout le monde en ligne d’un coup. La part de Marocains totalement absents des réseaux tombe à 14 %, contre 19 % l’an dernier.

Nous avons cherché le rapport complet le 13 septembre 2026 sur le site de Sunergia. Il est accessible, mais seulement après création d’un compte. Nous ne l’avons donc pas lu directement : les chiffres cités ici sont ceux publiés par Telquel et LeBrief, qui concordent entre eux. La taille de l’échantillon et la méthode de recueil ne figurent dans aucun des deux comptes rendus. C’est une limite, et il faut la connaître avant de bâtir un plan média dessus.

Le classement des plateformes ne ressemble pas à vos briefs

Voici où sont réellement les Marocains, en part de la population.

Part de la population marocaine utilisant chaque plateforme, 2026
WhatsApp83 %
Facebook64 %
YouTube48 %
Instagram47 %
TikTok32 %
Snapchat18 %
Telegram11 %
LinkedIn10 %
Source : baromètre Sunergia 2026, 7e édition, chiffres repris par Telquel, 10 septembre 2026.

Deux choses sautent aux yeux. YouTube passe devant Instagram pour la première fois, 48 % contre 47 %. Et surtout, l’écart entre WhatsApp et Instagram est de 36 points. Trente-six points, c’est presque le double d’audience.

Pourtant, dans les briefs qu’on reçoit, Instagram arrive en premier neuf fois sur dix. WhatsApp, quand il est mentionné, l’est comme un numéro de téléphone en bas du profil.

4 % : le chiffre qui devrait changer vos publications

Pour la première fois, le baromètre demande aux gens à quoi leur servent les réseaux. Communiquer avec ses proches arrive en tête avec 67 %. Suivre l’actualité recueille 47 %. Le divertissement, 20 %. Suivre des marques : 4 %.

Attention au contresens. Ce chiffre ne dit pas que les réseaux sociaux ne font pas vendre au Maroc. Le même baromètre indique que près d’un Marocain sur deux a déjà acheté un produit après l’avoir vu recommandé en ligne, et cette proportion monte à 65 % dans les catégories sociales A et B.

Ce que dit le 4 %, c’est que l’achat ne passe pas par l’abonnement à votre page. Il passe par une recommandation : une vidéo, un avis, un message d’une connaissance, une publicité bien ciblée. Personne ne se lève le matin en se disant qu’il va aller voir les nouveautés du compte d’un magasin.

Conséquence directe sur la façon de mesurer : le nombre d’abonnés est un mauvais indicateur. Il mesure une intention que 4 % de la population déclare avoir. Le nombre de messages reçus, de sauvegardes, de partages en message privé, et le chiffre d’affaires attribué à la plateforme mesurent quelque chose de réel. C’est l’un des premiers points qu’on remet à plat quand on reprend la gestion des réseaux sociaux d’une entreprise.

L’écart social décide de votre plan média

Prenons Rachid — personnage inventé, chiffres inventés eux aussi, mais refaites le raisonnement avec les vôtres. Il tient un magasin d’électroménager à Fès. Sa clientèle est large : des jeunes couples qui équipent un premier appartement, des familles qui remplacent un frigo, des acheteurs qui viennent des environs. Son agence lui a proposé un forfait Instagram et TikTok.

Le baromètre dit ceci de cette clientèle : TikTok touche 52 % des catégories A et B, mais seulement 14 % des catégories D et E. YouTube touche 57 % des citadins et 33 % des ruraux. WhatsApp reste à 65 % même chez les catégories D et E, là où toutes les autres plateformes s’effondrent.

Pour Rachid, un budget entièrement placé sur Instagram et TikTok va parler à la moitié la plus aisée et la plus urbaine de son marché, en ignorant l’autre moitié — celle qui achète aussi des lave-linge.

Plateforme Part de la population Usage quotidien parmi ses utilisateurs Ce que ça veut dire pour une entreprise
WhatsApp 83 % 88 % Canal de service et de vente. Pas une audience à conquérir : un fichier à exploiter.
Facebook 64 % 75 % La seule plateforme qui touche large hors des grandes villes et hors des jeunes.
YouTube 48 % 61 % 57 % en ville contre 33 % en milieu rural. Format long et démonstration produit.
Instagram 47 % 82 % Audience plus étroite mais la plus assidue. 88 % chez les 18-24 ans.
TikTok 32 % — 58 % des 18-24 ans, 52 % des catégories A et B, 14 % des D et E.
Snapchat 18 % — 26 % des femmes contre 10 % des hommes. À regarder si vous vendez à un public féminin jeune.

Snapchat mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête. La plateforme gagne dix points en un an, atteint 49 % chez les 18-24 ans, et son audience est nettement féminine. Presque aucune marque marocaine n’y est présente. C’est exactement le genre d’écart qui rend la publicité peu chère pendant douze à dix-huit mois.

Ce qu’il faut faire maintenant

Reste une question que ce baromètre ne tranche pas : si seulement 4 % des gens viennent pour suivre des marques, combien de vos publications de l’an dernier ont été vues par quelqu’un qui ne vous suivait pas encore ? La réponse est dans vos statistiques, et elle est souvent plus basse qu’on ne l’imagine.

On croise ces chiffres avec votre clientèle réelle

Âge, ville, catégorie sociale, panier moyen : on regarde où sont vos acheteurs dans le baromètre, et on vous dit quelles plateformes méritent votre budget et lesquelles vous coûtent pour rien.

Faire vérifier mon plan média

Othmane Jriri, co-fondateur de DigiVize. Sources consultées le 13 septembre 2026. Publié le 21 septembre 2026.


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